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Guidé par ses périodes sensibles et son esprit absorbant, l'enfant choisit son travail. Mais cette liberté de choix est toute relative car il choisit son travail dans un environnement ou rien n'est laissé au hasard. Celui-ci est méticuleusement préparé.

Pourquoi cela ? Nous sommes en milieu scolaire, et il s'agit d'optimiser les possibilités de l'enfant. Puisque l'enfant « absorbe » les impressions données par son environnement, il faut lui proposer un milieu riche d'expériences, un milieu pensé et mis en place par l'enseignant avec des finalités précises. Car si l'environnement n'est pas organisé de façon à respecter ses besoins et ses périodes sensibles, il peut alors faire obstacle au développement de l'enfant. Cette préparation de l'environnement, ambiance de la classe et choix du matériel, est essentielle.

Des activités en libre choix dans un environnement hasardeux n'ont que peu d'intérêt. Elles mèneront au désordre, engendrent des comportements agités et les enfants ne construiront que peu d'apprentissages. C'est le danger de ne retenir qu'un des aspects de cette pédagogie, le libre choix, en excluant l'environnement montessorien dans ses moindres détails.

L'environnement pédagogique préparé, Montessori, comprend trois composantes :

- l'organisation matérielle de la classe ;

- un matériel pédagogique spécifique ;

- un rôle différent pour l'adulte.

L’organisation matérielle de la classe, l'ambiance

Le travail de l’enfant comme celui de l’adulte a une relation bien définie avec l'environnement. L'adulte travaille pour parfaire son environnement, tandis que l’enfant entre trois et six ans travaille pour se construire et se parfaire lui-même en se servant de l'environnement. II s'agit donc de préparer un milieu qui va le libérer des adultes, où il pourra être indépendant et autonome, « vivre sa vie» sans l'omniprésence et les interventions intempestives de l'adulte. Ce lieu doit lui permette d'être actif, de se prendre en main et de prendre conscience de ses potentialités ; il doit aussi générer une ambiance protectrice, calme, simple et esthétique.

Un milieu adapté à la taille et à la force de l'enfant

Le mobilier est naturellement adapté à la taille et à la force de l'enfant. Celui-ci doit pouvoir soulever et déplacer les meubles.

Le matériel pédagogique est à portée de sa main et de sa vue, présente sur de petits plateaux rangés sur les étagères par catégorie de matériel. De petits tapis sont mis à disposition de l'enfant pour qu'il puisse s'installer à même le sol en délimitant son espace de travail.

Dans une petite armoire, des éponges et des bassines permettront à l'enfant de laver les tables, ou d'éponger de l'eau malencontreusement renversée. On peut également prévoir un tiroir, par exemple, où sont rangées toutes sortes de chiffons.

Une petite pelle et un vrai balai miniature sont accroches au mur pour permettre à l'enfant de balayer et ramasser si besoin est.

Les classes Montessori sont toutes décorées de plantes vertes que les enfants soignent eux-mêmes : arrosoirs, grattoirs et vaporisateurs sont à leur disposition.

S'il y a un lavabo dans la classe, il se doit d'être équipé de tous les accessoires nécessaires pour bien se laver les mains: savon range dans un porte-savon, brosse à ongles, pierre ponce pour gratter les tâches d'encre, serviette et crème adoucissante pour les mains.

L'enfant dispose dans un coin de la classe d'une carafe d'eau fraîche et d'un verre pour boire lorsqu'il le désire. On peut également aménager un coin ou l’enfant dispose de mouchoirs, de lingettes s'il en a besoin, d'une grande glace, en pied si possible, d'une brosse a cheveux et d'un peigne, de façon a soigner sa présentation.

Ainsi l'enfant peut à la fois prendre soin de la classe, ce qui lui procure en général un grand plaisir, et prendre soin de lui-même.

Un milieu protecteur et ordonné

Tout dans la classe doit être simple et ordonné. Chaque objet à sa place définie. Nous avons vu combien les enfants, surtout petits, ont un extrême besoin d'ordre. C'est cet ordre qui créé une ambiance rassurante, engendre le calme et la concentration.

Souvent, l'essentiel de l'activité de l'enfant de deux ans et demi à trois ans consiste à maintenir cet ordre qui l'aide à s'orienter et à se retrouver. II prend des repères et a le sentiment de maitriser son milieu. Il s'y sent en sécurité. L'ordre favorise un sentiment de paix et de détente et contribue ainsi à la construction de son ordre « intérieur ».

Un milieu simple et esthétique

Dans une classe Montessori, l'esthétique est soignée, dans un esprit de simplicité. L'accent est mis sur la clarté.

L'environnement doit être aussi beau que possible: ordre, propreté, harmonie des couleurs, qualité et précision du matériel.

Les classes sont agrémentées de plantes vertes et on y trouve quelquefois des animaux (escargots, tortues, phasmes...) : cela permet l'observation du monde végétal et animal.

Si les moindres détails contribuant à l'ambiance doivent être sans cesse analysés, afin de vérifier qu'ils correspondent aux besoins réels des enfants, leur importance ne doit tout de même pas être surestimée. Le lieu où évolue l'enfant ne constitue qu'une aide à son développement, et il ne faut pas oublier que les origines de celui-ci sont internes à l’enfant.

De trois à six ans, l’enfant est plus soucieux de croissance que de connaissance. L’enfant est merveilleusement heureux dans les limites de son enclos fermé. II ne cherche pas à s’en éloigner. Mais viendra le temps, lorsqu'il sera plus grand, où cet environnement préparé pour lui ne suffira plus. II commencera à vouloir découvrir le vaste monde au-delà de son propre enclos. II aura des besoins et des intérêts nouveaux. II ressentira la nécessité de contacts sociaux plus larges, d'une vie sociale plus organisée et d'une approche plus rationnelle de l’acquisition des connaissances. La classe Montessori devra alors offrir à l'enfant une autre ambiance et un autre milieu.

Un matériel pédagogique spécifique

Une fois la classe prête, le matériel éducatif que l’on met à la disposition des enfants de trois à six ans prend une importance capitale. Ce matériel favorise en effet une activité structurée, grâce à laquelle l’enfant va pouvoir perfectionner ses potentialités motrices, intellectuelles et psychiques. La liberté serait inutile sans l’organisation du travail, car l'enfant ne saurait qu'en faire. L'environnement préparé guide les enfants vers leur autoconstruction.

Le matériel pédagogique n'est pas placé au hasard ou pour ne susciter qu'un intérêt passager. Dans chaque matériel mis à disposition de l'enfant, il y a une idée à réaliser. Une idée qui ne vient pas de l'enseignant, mais de l'objet. Une idée qui va se matérialiser peu à peu, le moment venu, après de longues manipulations où l'esprit sera aussi actif que les mains, une idée qui va entrer dans l’esprit de l’enfant.

Le matériel pédagogique de Maria Montessori est scientifique dans la mesure où il est progressif et permet à l'enfant d'isoler chaque difficulté, de contrôler l’erreur et de s'autocorriger sans l'intervention d'un adulte. Le matériel est ainsi conçu de façon a permettre a l’enfant d’éduquer sa motricité, ses sens, ses compétences intellectuelles, ce qui augmente ses moyens d'observer et de comprendre son milieu, facilitant ainsi ses rapports avec lui.

L'importance du mouvement

Le travail de l'enfant avec le matériel pédagogique de Maria Montessori implique l'idée de mouvement. Même si les enfants ne déplacent pas leur corps tout entier et qu’ils sont assis tranquillement à une table ou par terre, ils manipulent et déplacent des petits objets. « Ils sont tous engagés dans des activités qui exigent un mouvement précis et bien défini. » (E. M. Standmg.)

Derrière ce mouvement, déclenché par le matériel, il y a l'acquisition d'une connaissance, d'une compétence. Mais le mouvement va au-delà. II permet à l'enfant de se construire. En manipulant, l'enfant élabore, construit en lui la motricité nécessaire pour faire ces mouvements. La valeur éducative du mouvement dépend de sa finalité. Les mouvements sans buts précis sont inutiles. Le mouvement doit être celui qui aide au perfectionnement de l'enfant : perfectionnement moteur - mes gestes deviennent précis - et perfectionnement mental- je réfléchis et j'analyse la conséquence de mes gestes. « Le mouvement n'est créateur que lorsqu’ il permet à l'enfant d'unir ses forces motrices et sa vie psychique. » (E. M. Standing.)

L'association mouvement et libre choix a également son importance. L'exécution de manipulations déclenchées par une demande de l'adulte n'a pas la même portée que lorsque l'enfant les déclenche lui-même spontanément. Le libre choix augmente son degré d'implication.

De plus, pour développer la volonté, le mouvement doit s’accompagner d'un effort. Pour obtenir cet effort, le but final de la manipulation doit être ni trop difficile ni trop facile à atteindre. Maria Montessori y a veillé dans I'élaboration de son matériel.

Celui-ci est entièrement conçu avec l'idée de mouvement. Il se répartit en trois catégories :

- matériel de vie pratique ou d'« éducation motrice» ;

- matériel d'éducation des sens ;

- matériel d'éducation intellectuelle.

Le matériel de vie pratique ou d'« éducation motrice »

Cette première catégorie de matériel est celle qui permet à l'enfant de prendre soin de lui-même et de l'ambiance de la classe. Il prend soin de lui-même en apprenant à boutonner, à lacer, à nouer, par exemple, le but étant de savoir s'habiller.

Il prend soin de lui-même en apprenant à se laver les mains, à verser, à déverser, transvaser.

Il apprend également à ouvrir, fermer, visser, dévisser. .. des gestes, des actes dont il a besoin dans sa vie quotidienne. Par la même, il intègre les gestes de son groupe social, de sa culture.

Il apprend à prendre soin de l’ambiance de travail, en s'exerçant à déplacer les meubles sans faire de bruit, à ouvrir et fermer une porte doucement. ..

Il s'entraîne à entretenir le matériel en épongeant, en essuyant, en balayant, en arrosant les plantes ...

Tous ces exercices vont le rendre autonome et lui faire sentir qu'il est capable, à lui seul, de maintenir l'ordre et d'entretenir son environnement immédiat.

Pour ce faire, on utilise les objets de la vie quotidienne, des objets de la réalité, cassables (ceci est un détail de grande importance: les dangers inhérents au verre cassé ayant été longuement expliqués, les enfants portent une attention particulière à tout le matériel en verre ; cette caractéristique augmente la précision et la douceur de leurs gestes en un temps record !), bruyants, mais adaptés à la taille de l'enfant.

Ce matériel est bien entendu disposé sur des plateaux.

Voici quelques exemples de matériels utilisés, et des activités liées.

Matériel pour verser et transvaser

Verser de l'eau d'une carafe (adaptée à la main de l'enfant) dans une autre avec un entonnoir.

Verser d'une carafe dans un verre marqué (niveau).

Verser d'une carafe dans trois verres identiques marqués à des niveaux différents.

Verser d'un carafon de la semoule dans un contenant plat (conservation des quantités).

Verser de l’eau dans une tasse avec soucoupe.

Plus spécifiquement pour développer la concentration :

Déposer des graines dans des alvéoles avec une pince à épiler.

Déposer des gouttes d'eau teinte avec un compte gouttes dans des alvéoles.

Ouvrir et fermer des cadenas.

Transvaser des noix avec une pince à escargots.

Transvaser des noisettes avec une pince à glace.

Transvaser des lentilles avec une pince à épiler.

Buts directs : verser, transvaser.

Buts indirects :

- motricité fine, développement de l'attention et de la concentration;

- contrôle des mouvements (doigts, poignets, main, pouce index) ;

- coordination des mouvements;

- perception oculomotrice ;

- contrôle total de sa personne (aller chercher le matériel fragile, le transporter jusqu'à sa table dans le dédale de la classe) ;

- éducation du mouvement, de l'ordre, du geste.

Tout le matériel utilisable avec de l'eau est accompagné de petites éponges pour maintenir l'état de propreté. Les plus petits peuvent effectuer les transvasements avec des graines (semoule, riz, pois chiches ...) plutôt que du liquide : c'est plus facile. Les enfants passent au degré supérieur quand ils sont prêts.

Les plateaux sont rangés sur les étagères de gauche à droite, par ordre progressif de difficulté dans les manipulations. Cela fait un repère de plus pour les enfants.

Le contrôle de l'erreur est visuel pour toutes ces activités : l'enfant voit, à la semoule ou à l'eau qu'il a renversée, qu'il n'est pas encore capable d'exécuter la manipulation concernée.

Cela permet de rendre l'enfant autonome et de le faire progresser à son rythme. Il fera et refera tout seul, s'entrainant sans le regard de l’adulte jusqu’ à ce qu’un jour, explosant de joie, il

s'écrie: «J'ai réussi, j'ai réussi, regarde j'ai verse sans renverser ! » La maîtrise du geste est acquise.

Au-delà de la qualité de la motricité fine, nous verrons plus loin comment s'élaborent déjà, à travers des manipulations aussi simples dans leur objet, des démarches mentales de l'enfant qui seront réutilisées, transférées lors de la manipulation du matériel sensoriel. L'enfant prend l’habitude dès les exercices de vie pratique de s'interroger, de réfléchir, de juger, d'évaluer.

Ces compétences sont indispensables pour que l'utilisation du matériel sensoriel atteigne son but. Ce qui est acquis aujourd'hui au cours des manipulations sert de base pour l'acquisition d'autres compétences et connaissances développées par un autre type de matériel.

Le matériel d’éducation sensorielle

Maria Montessori part de l'idée que le petit enfant (entre trois et six ans) apprend a connaitre le monde en utilisant ses sens pour connaitre les objets qui l’entourent. À cet âge, l'intelligence ne fonctionne qu’en liaison avec les sens. Le matériel éducatif se doit d'exercer d'abord les sens, de les affiner pour que la compréhension du monde soit plus précise, plus subtile.

Elle a donc réfléchi à l’élaboration d'un matériel pour aider l’enfant à découvrir de façon sensorielle les concepts de base. C'est un des buts du matériel sensoriel. II s'agit de diriger l'esprit de l’enfant sur la qualité particulière d'un objet.

Par exemple, prenons tout d'abord les barres rouges: il s'agit de dix barres de couleur rouge, du même rouge, de la même épaisseur du même bois. Elles ne varient que par leur longueur. La plus courte mesure 10 centimètres, la plus longue 100 centimètres. Elles varient de 10 centimètres en 10 centimètres. En conséquence, « en les manipulant, l'esprit, de l'enfant devient psychiquement sensible à la seule qualité qui varie : la longueur »

(E. M. Standing). Cette qualité est davantage mise en évidence lorsqu'il s'agit pour l’enfant de classer les barres par ordre de longueur.

Un deuxième exemple : les emboîtements de cylindres. II s'agit de socles massifs en bois, de même taille. Ils portent chacun 10 cylindres bien lisses emboités dans des cavités creusées dans le socle. Chaque socle ressemble à une « boîte de poids ».

Dans le premier socle, les cylindres sont tous de section égale mais de hauteur différente. (Le plus bas mesure 1 centimètre et les autres s'allongent de 1,5 centimètre à chaque fois jusqu'a atteindre 5,5 centimètres.)

Dans le deuxième socle, les cylindres ont tous une hauteur égale mais c'est leur diamètre qui décroît régulièrement. Le diamètre décroît par demi-centimètre à chaque fois, de 5,5 centimètres jusqu'à 1 centimètre.

Dans le troisième socle, les cylindres varient a la fois en hauteur et en largeur : le plus haut sera le plus large, le plus bas sera le plus mince.

Dans le quatrième socle, les cylindres varient également en hauteur et en largeur, mais à l'inverse du socle précédent: le plus haut sera le plus mince et le plus bas sera le plus large.

Dans le premier socle, l'enfant apprend sensoriellement la notion de hauteur en manipulant les cylindres. Dans le deuxième, il ressent la notion de section. 

Dans les troisième et quatrième socles, il va devoir faire face au mélange et à l'alternance des deux dimensions. L'enfant s'intéresse de plus en plus aux fines différences, pratiquement invisibles au départ, lorsque les socles sont rangés. Il peut contrôler ses erreurs, car si les cylindres sont mal emboîtés, le dernier ne rentrera pas dans la dernière cavité. Plus l'enfant répète cet exercice, plus il affine sa vue, aiguise son pouvoir d'observation, ordonne et guide son attention. L'erreur et sa correction provoquent le raisonnement.

Tout le matériel d'éducation sensorielle est ainsi conçu. Maria Montessori parle « d'abstraction matérialisée ». Chaque élément du matériel permet d'isoler une seule qualité et d’exercer un seul sens. L'attention de l'enfant est concentrée sur une qualité et il compare les objets sous l’angle de cette qualité. (Après maintes manipulations, l'enseignant va nommer cette qualité de façon à faire acquérir le vocabulaire à l'enfant.)

Le matériel est progressif. L'enfant acquiert d'abord les notions de taille, de couleur, de forme. Puis viennent les notions de poids, de température, d'épaisseur, de volume ...

L'enfant exerce quatre de ses sens : tactile, olfactif, visuel, auditif. Le matériel est très simple au départ. II devient de plus en plus complexe selon une progression régulière. Les contrastes et les oppositions sont d' abord très nets, puis s’affinent graduellement et deviennent plus difficiles a distinguer.

C'est ainsi que l'enfant arrive à la notion de comparaison de classification, d'ordre.

Toutes ces manipulations lui permettent d'ordonner ses perceptions sensorielles. L'enfant reçoit du monde une multitude de sensations. Il a besoin de les identifier, de les ordonner, en vue de prendre des repères. II perçoit très tôt sensoriellement les concepts. Il classifie l’espace, les objets. Il structure sa pensée, son intelligence. Le matériel sensoriel répond lui aussi toujours au besoin de mouvement. II y a sans cesse des objets à déplacer, une main toujours en action qui fixe l'attention et la concentration. L'éducation des sens forme des enfants observateurs.

Affiner ses sens c'est aussi, il ne faut pas l'oublier, la base de l'éducation esthétique, artistique et morale.

Voici plusieurs exemples de matériel sensoriel.

Les barres rouges

- But direct : discrimination visuelle puis tactilo-musculaire (façon de les porter) des différentes longueurs.

- Buts indirects : logique, préparation aux mathématiques, classification;

vocabulaire : long, court, le plus long, le plus court, plus court que, plus long que ...

Les tablettes de couleurs n° 1

- Description : boîte avec des séries de tablettes de couleurs à six nuances.

- But direct : reconnaissance des couleurs et des nuances.

- Buts indirects : suite logique, notion d'ensemble (des bleus, des rouges ...), gradations;

vocabulaire : clair, foncé, le plus clair. ..

Les tablettes de couleurs n° 2

- Description : boîte avec des couleurs aux nuances proches existant en double.

- Buts directs : reconnaissance des couleurs, discrimination visuelle fine.

- Buts indirects : notion de parité, classement, tri ;

vocabulaire : clair, foncé, le plus clair. ..

Les emboîtements de cylindres

- But direct : discrimination des notions de hauteur et section.

- Buts indirects : logique, préparation aux mathématiques ;

vocabulaire : hauteur, section, le plus haut, le plus mince.

Les tablettes rugueuses

- Description : planchettes de bois recouvertes de papier de verre de différents grains (4 degrés). Un bandeau pour les yeux.

- But direct : reconnaissance tactile du grain plus ou moins rugueux.

- Buts indirects : regroupement par paires ;

vocabulaire : lisse, rugueux.

Les sacs à mystère

- Description : deux sacs contenant des solides identiques. Se manipulent à deux.

- But direct : reconnaissance tactile.

- But indirect : étude des différents solides (pavés, sphères, œufs ...).

Tris de graines

- Description : un plateau sur lequel sont posées 3 coupelles, contenant chacune un type de graine différente (grains de café, pois chiches, coquillettes) ; une grande coupelle avec des graines mélangées ; un bandeau pour les yeux.

- But direct : discrimination tactile des différences de formes de poids, de dimensions.

- Buts indirects : logique, patience, tri, classement des données.

Les boites à sons

- Description: boîtes cylindriques identiques contenant des graines de différentes tailles, du sable, du sel. ..

L’enfant doit écouter les sons produits et les classer par paires, puis par intensité de son.

- But direct : discrimination auditive.

- Buts indirects : tout ce qui a trait à l’audition et à l’orientation;

vocabulaire : fort, faible, le plus fort, le plus faible.

La tour rose

- Description : une série de 10 cubes dont la dimension va de 1 à 1 000 cm3, qui varient selon les trois dimensions. La tour tient debout si les cubes sont empilés dans le bon ordre.

Buts directs : discrimination visuelle puis tactilo-musculaire des différences de dimensions.

- Buts indirects : logique, mathématiques.

Tout ce matériel permet à l'enfant le contrôle de l'erreur. « Le contrôle matériel de l'erreur amène l'enfant à accompagner ses exercices d'un raisonnement. Son sens critique et son raisonnement sont toujours tendus vers l’exactitude avec un affinement qui lui permet de distinguer les différences les plus infimes. La conscience de l'enfant est ainsi préparée à contrôler ses erreurs même quand ce ne seront plus des erreurs matérielles. » (Maria Montessori)

Le nombre et la variété des objets dans la classe ont une répercussion sur la concentration au travail. Un nombre trop important provoque le désordre en dispersant l’attention. Un nombre insuffisant ne permet pas les progrès optimaux: C est pourquoi c'est par l'expérimentation qu'il faut déterminer la quantité de matériel adéquate en fonction du nombre d’enfants dans la classe.

L'éducation des sens n'est pas le seul but du matériel sensoriel : « Les exercices sensoriels sont un moyen par lequel l'enfant pose les bases d'une vie plus riche en entrainant et en perfectionnant des fonctions supérieures tels l’esprit d’observation, l’attention, la volonté. » (Dimitrios Yaglis.) L'émergence des concepts se fait par la répétition de ces exercices. L’enseignant est là pour nommer les concepts et aider les enfants à généraliser les notions quand il sent que l’enfant les a sensoriellement acquises. Les démarches mentales élaborées dans la manipulation des exercices de« vie pratique» permettent à l’enfant qui passe au matériel sensoriel une première analyse de ses manipulations. Il a appris à réfléchir.

Le matériel sensoriel à son tour permet aux enfants de faire des comparaisons (je distingue), des gradations (je précise), des sériations (je nomme) et des généralisations (je conceptualise) en réinvestissant avec l'enseignant sur d'autres supports.

Le processus d'analyse est repéré et, avec le matériel d'éducation intellectuelle, l'enfant élaborera des concepts plus difficiles comme l'unité, la centaine ... mais toujours à partir de manipulations concrètes.

Le matériel d'éducation intellectuelle

Ce matériel est directement lié à l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et des mathématiques.

Les résultats de la méthode Montessori dans ces domaines sont spectaculaires. Les notions de base sont acquises facilement à un très Jeune âge. L'enfant n'est pourtant pas poussé, et c'est en cela que réside l'essentiel. C'est l'enfant lui-même qui a manifesté le désir d'apprendre à écrire ou à lire. Pourquoi ne pas le satisfaire ? Pourquoi ne pas répondre à sa période sensible?

L’important est de ne pas considérer le matériel comme un simple moyen d'enseignement. II faut considérer la pédagogie Montessori dans son ensemble, dans sa globalité, et utiliser ledit matériel avec l'environnement Montessori. Ainsi, le développement de la personnalité entière de l'enfant et son désir sont mis en jeu. Utiliser le matériel seulement pour pousser les enfants à apprendre plus vite et de façon précoce peut se révéler néfaste.

Ce matériel a les mêmes caractéristiques que les deux autres catégories de matériel.

Voici quelques exemples.

Écriture

 

Les lettres rugueuses

- Description : des plaquettes de couleurs sur lesquelles des lettres de l'alphabet, ayant été découpées dans du papier de verre, sont collées. L’enfant doit suivre la lettre avec son doigt dans le sens de l’écriture et prononcer le son produit par la lettre.

- Buts directs : apprentissage du graphisme des lettres ; association de la perception visuelle, tactile et auditive; expérience multisensorielle de la lettre ; utilisation de la mémoire musculaire (impression dans le cerveau au niveau du geste, préparation à l'écriture, correspondance graphie-phonie).

Dessins, formes

- Description : 10 formes géométriques dans des encadrements : un cercle, un carre, un triangle, une ellipse, un rectangle, un ovale, un trapèze, un pentagone ... Les formes comportent un bouton de préhension.

- But direct : préparation de la main à l'écriture par la préhension du crayon, par les traces, le remplissage de la forme.

- But indirect : préparation à la géométrie.

Plateaux de sable

- Description : plateaux remplis de sable ou de semoule fine;

- Buts directs : tracer les lettres dans la semoule ; préparation à l’écriture.

Chiffres rugueux

Même principe que les lettres rugueuses.

Mathématiques

Les fuseaux

- Description : 2 boîtes en bois compartimentées en 5 casiers numérotés, pour la première boîte de 0 à 4, et pour la seconde de 5 à 9. On a aussi une corbeille comprenant 45 fuseaux de bois et des élastiques.

- But direct : apprendre la numération de 0 à 10.

- Buts indirects : notion de zéro ; association quantité-symbole ; notion de suite arithmétique (pour obtenir le nombre de fuseaux d'une case, on prépare le même nombre de fuseaux que pour la case précédente et on en ajoute un).

Le système décimal

- Description : un support en bois contenant : 10 perles dorées, 10 tiges métalliques sur lesquelles sont enfilées 10 perles, 10 plaques de 10 tiges composées de la juxtaposition des

10 tiges précédentes.

- Buts directs : apprentissage du système décimal, exploration des nombres, exercices d'échanges (dizaines, unités).

Pré requis : numération jusqu' à 10.

Barres rouges et bleues

- Description : ce matériel est composé de 10 bandes en bois variant de longueur (mais pas de section), la plus petite mesurant 10 cm et la plus grande 1 m. Les bandes sont segmentées de 10 cm en 10 cm. On dispose également de cartes numérotées de 1 à 10 que l'on associe à chaque barre.

- Buts directs : apprendre la numération de 1 à 10 ; acquisition de l'association quantité et symbole.

- Buts indirects : introduction à l'addition, à la soustraction, à la multiplication (barre 5 + barre 1 donne la barre 6 ; 2 fois la barre 5 donne la barre 10... ).

Table de Seguin

- Description : 2 planches de bois de 5 compartiments chacune. Chaque compartiment est noté 10. Des planchettes de taille égale à la moitié d'un compartiment, numérotées de 1 à 9.

On dispose également de barrettes de perles. Des barrettes de 10 perles et des barrettes de 1, 2, 3 ... 9 perles. L'enfant en cachant le premier 0 avec la petite planchette 1 compose le nombre 11.

En lui associant 10 perles plus 1, il associe la quantité au symbole, et ainsi de suite pour les autres nombres.

- Buts directs : apprendre la numération de 10 a 19 ; associer quantité-symbole de 10 a 19.

Lecture

L'alphabet mobile

- Description : une boîte en bois divisée en 2 casiers. Chaque casier est divisé en petites cases. Le premier casier contient les voyelles, le second les consonnes. Dans chaque case se trouvent plusieurs lettres identiques. D’une autre boîte avec des images.

Ces images représentent des objets dont les noms sont phonétiques et courts (sac, fil, moto ...).

- Buts directs : exploration de la langue; codage de la langue; composition des mots en fonction des sons entendus.

- But indirect : préparation à la lecture.

La boite d'objets

- Description : une boîte dans laquelle se trouvent quelques objets dont le nom est phonétique (vis, sac, canif.. .). Une autre boîte contenant des étiquettes où sont écrits les mots.

- Buts directs : associer les étiquettes aux objets, déclencher le mécanisme de la lecture.

Les dictées muettes

- Description : 1ere boîte : une série de cartes représentant des objets dont le nom est phonétique ;

2e boîte : même matériel mais les noms comportent une « e » muet à la fin Guêpe, pipe ...) ;

3e boîte : même matériel mais les mots comportent une lettre muette à la fin (drap, lit. .. ) ;

4e boîte: même matériel mais les mots comportent une difficulté orthographique (le « ch » le « ou » ...) ; un petit chevalet de lettres mobiles.

- But direct : coder la langue. L'enfant composera les mots en distinguant les sons.

- But indirect : préparation à la lecture.

Un rôle différent pour l'adulte

Aide-moi à faire seul

« Aide-moi à faire seul. » Cette phrase de Maria Montessori constitue une bonne introduction pour comprendre le rôle de l'enseignant dans cette pédagogie. Le libre choix, l'activité spontanée de l’enfant et le matériel sont les moyens didactiques par lesquels l'enfant va se construire. C'est donc cet ensemble et pas seulement l'enseignant, qui permet à l'enfant de se développer. L'enseignant est là pour accompagner. II doit être disponible et essayer de suivre chaque enfant au plus prés. II doit le guider dans ses démarches, lui présenter le matériel au bon moment (c’est-à-dire repérer les périodes sensibles), l'encourager et établir une relation de confiance avec lui. L'enfant doit sentir que la présence de l'enseignant a pour seul but l'aide au développement de ses compétences. Le rôle d’observation de celui-ci est immense, et il doit approfondir la connaissance de chacun afin d'individualiser son aide. Chaque enfant a des besoins différents. II faut les cerner et y répondre. L'enseignant doit repérer les capacités intellectuelles des enfants et les aider à les mobiliser. II doit ajuster sa pédagogie et rendre conscient les enfants des stratégies d’apprentissage qui leur permettent de construire leur savoir. Personne ne peut réaliser à la place de l'enfant la construction de son savoir. Le rôle de l'enseignant change : il n'est pas d'abord d'exposer les connaissances ou de mettre en place un exercice visant le développement d'une compétence particulière. II est d'assister l'élève dans l'élaboration de celle-ci. Cela nécessite une grande disponibilité de la part de l’enseignant et une grande confiance envers les enfants.

C'est à partir de cette confiance que l'adulte place en l'enfant que va s'établir la réciproque.

Intervenir ou non?

Avant toute chose, l’enseignant est le garant de l'ambiance de travail. Sa tâche première consiste à créer l’environnement pédagogique. Ensuite, il doit remettre en ordre, si cela n’est pas fait par les enfants, et prendre soin du matériel en vérifiant tous les jours que rien ne manque, que tout est prêt à servir dans un bon état de propreté.

Ensuite, pendant les ateliers, l’enseignant assure le lien entre les enfants et l’environnement. Il ne sait pas à I' avance ce que feront exactement les enfants. Au cours des ateliers, ses tâches sont multiples et il doit s'adapter en permanence.

II observe les enfants. Il observe quel matériel chaque enfant choisit pour travailler, combien de temps il s'y applique ... s'il y a des groupes qui se forment, qui est leader, inhibé.Il prend note des progrès des uns et des autres et des acquisitions de chacun par écrit. L'enseignant doit toujours savoir où en est l’enfant dans son processus de développement et dans ses apprentissages.

Il propose des présentations de matériel individuellement ou en petits groupes aux enfants qui sont prêts.

Il maintient l’ambiance de travail en réglant au besoin les petits problèmes de conflits, d'incidents, de saleté. II adapte ses interventions ou ses non-interventions à chaque cas. Il intervient si un enfant est agité ou a un comportement destructeur. L'enseignant doit stopper ces agissements. II doit le faire de façon ferme mais détournée, en attirant son attention sur quelque chose, ou en portant à l'enfant un intérêt particulier, ou bien en se promenant avec lui dans la classe pour le soutenir dans ses recherches d'activité (sans toutefois choisir à sa place), et l' encourager. Dès le moment où l’enfant choisit une activité et a une attitude constructive, l'enseignant s'efface et le laisse agir. Intervenir alors nuirait à la spontanéité à venir de l’enfant. Quand l’enfant se trouve pour la première fois dans un état de concentration, une parole d'approbation, un regard même peuvent l'en détourner et le renvoyer à ses anciens désordres, Cette concentration est fragile, il ne faut donc pas interrompre l’enfant. Par la suite, il aura besoin d’être simplement guidé par une proposition judicieuse pour être capable de choisir un autre travail.

L'enseignant intervient si l'enfant utilise le matériel dans un autre but que celui pour lequel il est fait : construire des maisons avec les tablettes de couleurs, jouer à la bagarre avec les barres rouges. La qualité de l'intervention de l'enseignant, douceur ou force, varie bien entendu en fonction du comportement des enfants. Les utilisations erronées du matériel entretiennent le désordre, favorisent la dispersion des énergies, le bavardage et empêchent la concentration.

L'enseignant intervient quand il juge le moment opportun pour passer des manipulations sensorielles à I' abstraction, en aidant l’enfant à verbaliser son travail, à acquérir du vocabulaire et à nommer les concepts qu'il a acquis sensoriellement. II intervient si I' enfant réclame sa présence, son aide, il encourage l'enfant dans ses recherches. Il encourage plus qu'il ne réprimande. II remarque toujours ce qui est positif. Il ne donne pas directement de solutions aux problèmes poses par l'enfant. Il suscite les réactions de l'enfant par des questionnements.

As-tu vérifié les nombres ? Penses-tu qu'il faille recommencer?

Il intervient s'il veut évaluer de façon précise une compétence chez l'enfant ou s'il veut évaluer son niveau de langage.

II intervient enfin s'il sent la nécessité d'un échange privilégié avec un enfant.

En revanche, il est des cas où I' enseignant doit s’abstenir d'intervenir.

II respecte et laisse faire sans le déranger l'enfant qui n'agit pas mais regarde les autres faire. Cet enfant est en recherche.

Laissons-le faire son chemin.

II n'intervient pas auprès d'enfants qui manipulent dans la concentration. Celle-ci est fragile. L'enfant utilise cette aptitude à se concentrer pour consolider sa personnalité. II devient plus calme et se contrôle mieux.

Si un enfant« bloque » un long moment devant l’erreur lors de l’utilisation d’un matériel l’enseignant doit se garder d'intervenir.

Il faut attendre que l’enfant réussisse seul : il faut avoir en tête que l’enfant se construit pendant qu’il manipule, non pas lorsque la manipulation est finie. Il est important qu’il retire pleinement la satisfaction d’avoir réussi lui-même.

Si un enfant fait des erreurs dues à une incapacité, il est souvent utile de ne pas la souligner tout de suite mais d’attendre que l’enfant ait longtemps répété la manipulation.

Ce rôle complet est à la fois formidable et très plaisant. C’est un réel plaisir de travailler de cette façon avec les enfants. C’est une nouvelle façon de les considérer et d’entrer en relation avec eux. Il s’agit de veiller à l’épanouissement de leur personnalité et à l’acquisition de leurs compétences scolaires. Ce rôle double contribue à préparer l’enfant à être un adulte actif et équilibré